Rien ne va plus à Trumplandia

20 octobre 2017 #10

«  In Case of the Removal of the President from Office, or of his Death, Resignation, or Inability to discharge the Powers and Duties of the said Office, the Same shall devolve on the Vice President, and the Congress may by Law provide for the Case of Removal, Death, Resignation or Inability, both of the President and Vice President, declaring what Officer shall then act as President, and such Officer shall act accordingly, until the Disability be removed, or a President shall be elected. » 25ème amendement.

 

Noir. Des noirs.

Lumières de circonstance, mains gantées, ambiance feutrée, le monsieur à petite moustache fine, à la chemise amidonnée, regarde les flambeurs du dimanche d’un air pénétré. Le dé roule au creux de sa paume, prêt à être jeté dans l’arène.
-Faites vos jeux!
-200 sur l’affaire Rex Tillerson.
-Les jeux sont faits.
Alors le dé, pivotant gracieusement dans les airs dans une danse circulaire, fait palpiter le coeur du joueur. 200 sur Tillerson, 200 sur Tillerson, se répète-t-il comme si cette litanie intime pouvait changer la trajectoire du dé maintenant livré à lui-même. Le monsieur à petite moustache fine s’essuie une gouttelette de sueur sur la tempe. La température monte. Les curieux se sont approchés, attirés sans doute par l’ouverture des paris.
Rien ne va plus.
Il retient son souffle tandis que le dé, dans un dernier effort pour se maintenir dans les airs, se pose délicatement. Il a fermé les yeux, il ne veut pas voir.
Voyage à Porto Rico, double gagnant.
Il s’en veut, il aurait dû y penser, il a oublié cette affaire de Porto Rico, les phrases d’encouragement, le lancer de Sopalin, la localisation géographique de cette île qui souffre de cette «  grosse grosse » eau, cette « eau de l’océan » qui l’entoure. Enfin, ce n’est pas grave il a encore en main des jetons pour les trente-huit prochains mois. Il se lance.
-Faites vos jeux!
-200 sur le retrait de l’Unesco.
-Les jeux sont faits.
Autour de la table, on entend des murmures, l’Unesco, il n’est pas sérieux, à quoi pense-t-il ce monsieur, une dame s’approche doucement de lui et lui souffle ces quelques mots, et l’Iran alors, à mon avis, c’est l’Iran qui va sortir, tout de même, des années de labeur, de circonvolutions diplomatiques, de rendez-vous avortés. Et c’est vrai, il se dit qu’il a encore raté sa chance, l’Unesco semble bien chimérique tout à coup. La culture, les enfants, la science, l’éducation, on s’en fout pas mal, malgré tout. Mais l’Iran et ses gadgets nucléaires, c’est du solide. Le monsieur à petite moustache fine a libéré le dé qui voltige à nouveau.
Rien ne va plus.
La défense de la NRA et du second amendement au lendemain de la tuerie de Las Vegas. Triple gagnant.
Ce n’est pas le moment de se décourager, ne pas lâcher prise, y aller, mais avant tout réfléchir, prendre le temps. Quel événement choisir? Il y en a tant, tout le temps. Le monsieur à petite moustache fine le regarde avec insistance, le dé voyage d’un doigt à l’autre dans un parcours sinueux et incessant. Il hésite. Il y va.
-Faites vos jeux!
-200 sur l’affaire des coups de téléphone aux familles des soldats tombés au combat.
-Les jeux sont faits.
Immédiatement il regrette son choix, il s’est laissé aller au sentimentalisme, la vision de le veuve éplorée, du cercueil recouvert par le drapeau majestueusement posé, des trompettes qui sonnent la fin de cette courte vie au service de la nation, le corps rigide de ceux encore en vie qui accompagnent. C’est moche. Le monsieur à petite moustache fine lui lance un regard, compassion? Désolation? Il ne peut le dire tant le geste du monsieur à petite moustache fine et l’oeil sont imperturbables.
Rien ne va plus.
L’abrogation d’Obamacare prend tout.
Evidemment, mais comment a-t-il pu faire l’impasse? Et les remords soudain l’étreignent, alors il tente le tout pour le tout. Peu importe le résultat, il veut rêver, il veut croire que cela va s’arrêter. Le monsieur à petite moustache fine ne bouge pas, le dé enfermé dans sa main comme s’il voulait le retenir de se laisser emporter par la frénésie du jeu, mais il n’a plus rien à perdre.
-Faites vos jeux!
-Tout sur le 25ème amendement.
-Les jeux sont faits.
Il quitte le salon feutré, le monsieur à petite moustache fine le regarde, impassible. Le dé reprend sa course, il semble qu’elle soit interminable, qu’elle se prolonge et, par un curieux effet, retienne le dé dans les airs, en suspens. Dans le salon, les paris continuent, mais il n’attend plus, peu importe, il veut croire que le 25ème amendement sera la réponse.
Dans un dernier mouvement d’impatience, il sort précipitamment du casino et se met à rêver. Et si c’était possible?
Aujourd’hui 20 octobre 2017, rien ne va plus et je m’en vais relire la constitution américaine en attendant que ça aille.

Noir. Des Noirs.

 

2 commentaires sur “Rien ne va plus à Trumplandia

  1. On se dit parfois que lorsque les bornes de la bêtise sont franchies, il n’y a plus de limites, comme disait le sapeur Camembert. Nous rentrons des Etats-Unis, Boston pour être plus précis, et sur cette côté bien élevée, on ne l’aime pas, le clown peroxydé.
    Bises à toi.

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