Stupeurs et tremblements à Trumplandia

« L’espoir a cela de commun avec l’opium, que lorsqu’on se réveille on n’est que plus abattu et plus triste. » Alexandre Dumas, Fernande.

Jeudi 20 décembre 2017 #12

Noir. Des noirs.

On parle de phase d’invasion lorsqu’on en fait le diagnostique. Le corps, alors transi, est secoué par des frissons que l’on ne peut contrôler. Puis viennent les malaises, la tête tourne, une sensation oppressante incontrôlable, suivie d’une fièvre brutale qui cloue au lit. C’est alors que les douleurs musculaires commencent et affaiblissent la machine humaine jusqu’à épuisement. Enfin les maux de tête, comme des coups de marteaux sur la boîte crânienne, achèvent ce corps pourtant bien huilé, maintenant en proie à des convulsions qui le distordent. On ne se ressemble plus.
Puis vient la seconde phase.
Alors que le malade pensait naïvement que cette phase d’invasion serait passagère, qu’on en aurait vite fini, que cela ne pouvait être pire, que cela ne pouvait continuer ainsi, que c’était certain, qu’on était au pic de la maladie; la seconde phase est bien au-delà de l’imagination, mais le corps ne le sait, il veut espérer, il veut croire que c’est temporaire, il s’est persuadé que ce virus ne serait pas résistant, qu’il disparaîtrait comme il est apparu. Puis quand l’espoir, ce vilain miroir déformant, s’empare du corps, il cherche des signes, il analyse le hasard, il voit des symboles, il semble déchiffrer le monde, il en est convaincu, cela va s’arrêter. Et tandis que le miroir modifie de tous ses reflets la réalité, la seconde phase frappe, plus laide encore que la première.
Elle commence par une accélération du rythme cardiaque, peut-être sous l’effet d’une prise de conscience fatale: cela ne s’arrêtera donc pas! Ensuite, on est pris d’une grande fatigue, d’un abattement général, certains se réfugient alors dans le sommeil, pour tenter de contrecarrer la grande fatigue. Dehors, Noël bat son plein et son cortège de plaisirs de la bouche, pourtant celui qui est infecté n’a plus le goût de rien, c’est qu’il est tout entier rongé de l’intérieur et les symptômes redoublent. Il voudrait parler, il voudrait participer au monde, il voudrait dire que l’on doit faire corps, mais aucun son ne sort de sa bouche asséchée, il a des difficultés à parler, sa voix est voilée, un sifflement se fait maintenant entendre et c’est tout son être qui se met en branle lorsque les brûlures au thorax lui déchirent la poitrine. Ce n’est plus que par des onomatopées entrecoupées de quinte de toux que le malade s’exprime. Les mots lui manquent, il ne sait plus quoi dire. Enfin, le monde extérieur l’horrifie, il développe une photophobie. Il est maintenant hors de lui.

Aujourd’hui jeudi 20 décembre, j’ai 39.5 et mon docteur personnel m’assure que je souffre de trumplandie aigüe. Un seul remède, continuer, continuer en attendant que n°45 passe

Noir. Des noirs.

2 commentaires sur “Stupeurs et tremblements à Trumplandia

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