Allumez le feu à Trumplandia

20 mai 2018 # 17

«  Ce n’est pas parce qu’en hiver on dit « Fermez la porte, il fait froid dehors » qu’il fait moins froid dehors quand la porte est fermée. » Pierre Dac. 

Noir. Des noirs. 

Il suffit de rien. Un mégot de cigarette négligemment jeté. Une allumette abandonnée. Et un terrain propice. Un assèchement des esprits et des ressources, un assèchement tel que tout s’enflamme avec les premières bourrasques venues, avec les premiers affronts. C’est que la terre a été privée de tout, fertile peut-être mais en d’autres temps, sous d’autres cieux. Maintenant elle se désintègre et ses particules s’agitent dans l’air dès que le vent tourne. Et le vent tourne, tourne depuis longtemps et l’on ne sait jamais dans quelle direction il va. A l’ouest, à l’est, peu importe, les consciences là sont échaudées, attisées par la négligence des uns, les brimades des autres, les volte-face, les avancées et reculades de tous. Une politique en zigzag qui blesse ceux qui la subissent, illusions sans cesse réanimées qui s’évanouissent aussitôt les négociations entamées. Chaos vivant où génération après génération, les femmes et les hommes ont vu les leurs réduits à travailler, à vivre sur cette terre desséchée,  sans larmes mais dont les plaies béantes saignent sur les collines enflammées. Alors quand le vent se fait mauvais, et depuis peu, depuis seize mois, le vent est chargé d’une ignorance crasse, et depuis qu’il déplace des institutions dans des lieux sous haute tension et qu’il ignore la peine de ces gens-là, alors, alors, le feu repart de plus belle. Les espoirs comme étendard, le vent de la révolte souffle sur les braises, et embrase les terres de ceux meurtris par tant de mépris. 

Ce vent mauvais qui répand son ignoble halètement sur des terres étrangères embrase aussi les siens. 

Ici on ouvre le feu, le feu de la mitraille. Ici on meurt percutés par des balles. Ici on meurt dans les écoles du mal de vivre de certains. Ici on est chauffés à blanc par la haine. Ici on est brûlés par le ressentiment. Ici, pourtant, le vent ne tourne pas, au contraire, il souffle depuis toujours les mêmes rengaines ignominieuses sans que la mélodie des morts ne puisse altérer les notes des trompettes funèbres. Et depuis peu, depuis seize mois, au plus haut de l’état, on chante la même chanson, un ton au-dessus, en majeur. On enjoint tous et toutes dans la grande symphonie de la mort, la mort par armes à feu. Le feu des révoltes est éteint en un instant et ne demeurent que quelques étincelles qui crépitent et tentent de faire entendre leurs voix brisées par le chagrin, secouées par les sanglots, empêchées par le bruit des lobbies, sidérées par les inanités des dirigeants qui intiment aux proviseurs d’établissements de fermer plus de portes pour prévenir la fureur de quelques-uns.  

Depuis seize mois, ils allument des feux. Depuis seize mois, ils ouvrent le feu. Depuis seize mois, ils alimentent les foyers de l’indignation. Depuis seize mois, nous sommes à feu et à sang ici et là-bas.

Aujourd’hui, dimanche 20 mai, en attendant que cela passe, j’ai envie de claquer des portes pour faire des courants d’air,  pour faire des appels d’air, pour faire entendre les voix de ces générations qui tombent sous les coups et pour étouffer les voix de la déraison. 

Noir. Des noirs. 

4 commentaires sur “Allumez le feu à Trumplandia

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s