Symphonie macabre à Trumplandia

20 juillet 2019 #31

« Bang bang, he shot me down

  Bang bang, I hit the ground

 Bang bang, that awful sound

 Bang bang, my baby shot me down » Bang, Bang, Nancy Sinatra

Nuit. Jour. 

-Chiching, chiching, chiching «Any plans this weekend? » chiching, chiching, chiching. « Picking-up my young one at the airport. He is coming back from his first trip in Europe. » « Excited, I bet? » « For sure » chiching, chiching, chiching, fait le tiroir caisse.

– Des wizzz, wizzz, wizzz retentissent soudain parce que Javier s’amuse à pousser le caddie dans les allées de W. avec une agilité que tout le monde lui reconnaît, même Teresa, malgré ses 82 ans, s’amuse toujours de l’énergie du jeune homme. 

– Vuelve aqui el niño, VUELVE AQUI inmediatamente, dit la mère d’un ton exaspéré comme chaque samedi chez W. quand Javier transforme les allées en pistes de bobsleigh improvisées. 

– Yeaahhh, lui répond l’ado, lui aussi exaspéré par sa mère qui décidément lui refuse toute liberté et qui semble avoir oublié qu’il a maintenant 15 ans. «I am coming. I am cominnggg wizzz, wizzzzz»

– Ouin, Ouin, OUIN, OUIN, OUIN, entend-on au rayon fêtes de W. Le nourrisson affamé attend que ses parents, Jordan et Andre, comprennent enfin l’origine de son malheur. C’est deux-là semblent affairés à préparer cette grande soirée familiale, pour célébrer leur succès, leur amour rayonnant, leur nouveau départ. Ils en oublient un court instant les pleurs de leur petit, un court instant seulement, car Jordan et Andre sont fous de leur petit. GlouGlouGlou.

– Shhhh, tac, shhhhh, tac, shhhh, tac, shhhhhhh, tac, shhhhhh. Chaque pas de Luis et Martha sont entrecoupés par le son de la canne de Luis qu’il déteste et Martha a beau lui répéter « à 90 ans, ce n’est pas indigne d’avoir une canne, tu le sais bien, et puis c’est surtout pour signifier aux autres, les jeunes, les insouciants, pressés par la vie, que tu es là et que tu n’es plus pressé, que tu prends ton temps parce que tu peux le prendre ce temps maintenant ». Mais rien n’y fait, cette canne lui donne l’impression qu’on le jette dans la fosse.  

– Dringggg, Dringgg, Drinnggg, drinngg. « Pourquoi je ne trouve jamais ce téléphone dans mon sac? se dit Angelina, je leur avais bien dit que je n’en avais pas besoin à mon âge.». Dringggg, dringg, dringg, « Hello, ¿Eres mi amor? »

– Clac, clac, fait le bruit de la porte sur le parking. «  Honey, I’ll be back in five minutes.» Ils s’aiment et ne peuvent se quitter sans se dire quand ils vont se retrouver exactement. Et les deux amoureux, Gloria et John, se séparent. 

Ra-ta-ta-ta-ta WizzzWizzzVuELVEVUELVETACACTACTAC OUINOUINOUIN DRINGDRING DRINGDRING BANG BANG BANG OUIN OUIN OUIN OUIN CLAC CLAC CLAC

WIZZZZZZ VUELVE AQUIIIIIIIIII VUELVE AQUIIIII INMEDIATAMENTEEE

TACTACTAC SHHHH TACTAC SHHHH

RA-TA-TA-TA-TA-TA-TA-TA.

Et puis rien. Le silence. Ceux qui ne sont pas tombés sous les balles macabres ne respirent plus. Ils attendent, ils voient le sang couler au sol, ils ont le nez dedans. Ils sont submergés par l’odeur de la mort. Au loin ils entendent l’espoir venir. PIN-PON-PIN-PON-PON. De nouveau ce son métallique qui leur brûle les oreilles.

RA-TA-TA-TA-TA-TA-TA-TA.

Et le choc des corps qui tombent privés de vie, un son sourd qui restera dans leur mémoire, le son de la mort, le son des morts. Au loin, ils entendent un léger gémissement qu’ils n’arrivent pas à identifier couvert très vite par des

Tap Tap Tap TAP TAP TAP TAP TAP TAP TAP TAP TAP

qui n’en finissent plus, comme s’ils étaient des milliers. Et de nouveau, rien. Silence mais le petit gémissement se fait entendre encore. Silence.

On entend alors comme étouffé le battement d’un coeur qui bat, qui continue de battre,

boum boum, irrégulièrement, boum, baboum, boum, baboum, boum, baboum, boum, boum, boum. 

Aujourd’hui vendredi 9 août 2019, je voudrais que les gens de la NRA entendent ce coeur qui bat, ce coeur qui bat maintenant seul, le coeur du fils de Jordan et Andre, le coeur de leur petit de deux mois et demi, orphelin pour toujours.

Jour. Nuit.

Lire l’article du Washington Post pour connaître le nom de tous ceux qui ont péri ce samedi 3 août à El Paso: https://www.washingtonpost.com/nation/2019/08/04/el-paso-shooting-victims/

Aujourd’hui vendredi 9 août 2019, je voudrais que les gens de la NRA entendent ce coeur qui bat à El Paso, le coeur du fils de Jordan et Andre, le coeur de leur petit de deux mois et demi, ce coeur qui bat seul au mileu des morts, orphelin pour toujouJour. Nuit. 
JJ

4 commentaires sur “Symphonie macabre à Trumplandia

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