La planète des singes à Trumplandia

20 décembre 2019 # 36

« Le plus grand péril se trouve au moment de la victoire. » Napoléon Bonaparte.

Nuit. Jour.
Alors qu’une certaine Amérique pleurait la fin du rêve américain, dans l’appartement new-yorkais du vieux Nuggie Nuggie Nuggie l’humeur n’était pas à la fête. Le champagne ne coulait pas. Le coca non plus. Nuggie Nuggie Nuggie était hagard, tout comme sa moitié. Un observateur étranger aurait pu penser que le ciel venait de leur tomber sur la tête. Ils semblaient tout deux avoir vu le fantôme de la nourrice autrichienne qui leur aurait susurré à l’oreille des menaces en allemand. Nuggie Nuggie Nuggie, vacillant, se jeta sur son hamburger préféré mais n’arriva pas à en avaler une miette. Il avait la bouche desséchée comme le poivrot qui se réveille un lendemain de beuverie, sauf que dans le cas de Nuggie Nuggie Nuggie, les raisons de cette déshydratation étaient principalement dues au fait qu’il avait oublié de s’hydrater et de s’alimenter depuis vingt-quatre heures. Il faut dire que, l’âge aidant, il avait des absences qui inquiétaient bien évidemment son entourage. Sortant subitement de son hébétude de vieillard, il se rappela qu’il était à jeun. Il versa sur son hamburger préféré une rasade de sauce ketchup pour humidifier le tout et il attrapa, avec le même désespoir qu’un soldat américain dans le désert libyen, la cruche posée sur la table dorée. Il but deux litres d’eau sans s’arrêter et aspergea aussi le col de sa chemise qui passa du blanc à l’orange puis il ingurgita en trois bouchées le hamburger froid. La maîtresse de maison, quant à elle, était dans un piteux état. Habituée aux longues diètes quand elle était encore la reine des podiums, elle n’avait pas réellement mangé depuis un mois. Elle était naturellement ravie d’avoir ainsi maintenu artificiellement sa taille de guêpe mais elle en était arrivée à un tel point de sous-alimentation qu’elle se réveillait la nuit avec des sueurs froides persuadée que ses aïeux étaient toujours vivants et l’avaient rebaptisée M. la maudite. Elle se dressait dans son lit comme un « i » et murmurait en un souffle « Je ne suis pas maudite, je suis le rêve américain. » en essayant d’effacer avec la main gauche le « M » imaginaire dessiné dans le dos avec le sang des migrants.
Les deux se regardaient désemparés. Qu’allaient-ils donc bien faire? M. la maudite ne pensait qu’à tous les futurs dîners où il lui faudrait enfreindre les règles strictes qu’elle s’était imposées pour rentrer dans son petit 36 et elle versa une larme qu’elle s’efforça d’essuyer immédiatement à l’idée qu’au bout de quatre ans il lui faudrait sans doute passer au 38. Nuggie Nuggie Nuggie, lui, ne pensait pas. Son cerveau était paralysé par l’ampleur des taches. Non pas celles qui l’attendaient mais celles qui entouraient ses yeux, ces deux grosses taches blanches. Il avait eu la faiblesse d’écouter sa fille qui lui avait recommandé de protéger ses yeux des cabines d’auto-bronzant et il ressemblait ainsi à un panda albinos. Il saisit alors la cruche vide et la remplit à nouveau, en versa tout le contenu sur son visage et, dans une espèce de frénésie, tenta d’unifier son teint avec sa chemise blanche sortie de son pantalon. Il réussit à unifier l’ensemble, non pas son teint, mais sa chemise et son teint, les deux maintenant bicolores avec des motifs fin de soirée. M. la maudite pleurait cette fois-ci pour de bon et le dévisageait atterrée. Tout-à-coup, il se mit à éructer des mots que personne ne comprit. Sa fille qui jusqu’ici était restée silencieuse, s’approcha de lui, lui prit les deux mains et le regarda droit dans les yeux. « your’re going to make America great again ». Soudain les convives, car ces deux-là n’étaient bien entendu pas seuls dans leur appartement new-yorkais, lancèrent tous ensemble « MAGA, MAGA, MAGA, Hurray, Hurray, Hurray! ». Puis ils tapèrent des pieds et des mains, tout d’abord dans un rythme timide parce que le spectacle donné par le nouveau couple présidentiel les avaient effrayés enfin entraînés par la ferveur de certains, ils rentrèrent tous dans une sorte de transe et augmentèrent la cadence et le volume sonore. Le sol tremblait et, bien que l’appartement fût situé au dernier étage, on entendait sur le pavé de la cinquième avenue, des « HUGA, HUGA, HUGA » simiesques. Les convives avaient perdu tout sens commun dans cette expérience de transe collective et avaient fondu les deux mots en un. Ils gesticulaient et levaient les bras au ciel en vociférant des « HUGA, HUGA, HUGA ».
Minuit sonna. Les convives partirent en meute les uns après les autres en continuant à hurler et sauter et les deux s’effondrèrent sur le canapé en cuir doré. Ils avaient perdu l’usage de la parole et reposaient comme deux pantins articulés et épuisés.
Le 9 novembre 2016, le monde se réveilla au son des « HUGA, HUGA, HUGA » et une nouvelle ère commença.

A suivre.

Jour. Nuit.

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