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L’art de la guerre à Trumplandia

20 octobre 2019 #34

« Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d’abord un village voisin ; il était en cendres : c’était un village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public. Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs femmes égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes ; là des filles éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros rendaient les derniers soupirs ; d’autres, à demi brûlées, criaient qu’on achevât de leur donner la mort. Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupés. » Candide, Voltaire

Nuit. Jour.

Je ne sais rien de la guerre. Je ne vis pas dans un pays en guerre. Je ne sais pas ce que c’est de lutter pour récupérer sa terre, de ne pas avoir de terre. Vous non plus. Ceux qui nous dirigent non plus. Nous ne savons rien de ce que traversent ces femmes, ces hommes, ces enfants, mais nous pouvons être factuels.
Le 9 octobre la Turquie a lancé une offensive contre les forces kurdes à la frontière syrienne après l’annonce le 7 octobre du retrait des forces américaines dans le Nord-Est de la Syrie.
Nous pouvons essayer d’écrire la souffrance de la mère d’Havrin Khalaf découvrant le corps de sa fille inerte à jamais, criblé de balles qui ont traversé son abdomen, la bouche pleine de sang et de terre, les cheveux arrachés, la jambe brisée, la chair à vif, le visage tuméfié, écrasé, comme si son crâne était ressorti par les yeux. Que fait une mère devant ce spectacle? Que peut-elle dire? Quels cris peuvent traduire la douleur de la mère d’Havrin Khalaf? Je ne sais pas quels sont ces cris. Vous non plus. Ceux qui nous dirigent non plus.
Nous pouvons être factuels.
Havrin Khalaf est morte assassinée par des miliciens pro-Turcs samedi 12 octobre dans le Nord-Est de la Syrie.
Nous pouvons essayer de rapporter la douleur des familles des soixante civils et cent quatre combattants tués depuis le 9 octobre et faire entendre le râle des centaines de blessés à l’hôpital de Kamechliyé dont les blessures suintent et qui, entre deux convulsions, tentent d’indiquer l’origine de leur mal au personnel soignant débordé par l’afflux soudain des victimes et qui oublie, le temps de la guerre, qu’il n’a pas dormi depuis quarante huit heures. Comment font-ils tous pour apaiser leur douleur ? Que diront-ils aux familles qui attendent, le coeur noué par l’angoisse, des nouvelles de leurs proches? Je ne sais pas quels sont ces mots. Vous non plus. Ceux qui nous dirigent non plus.
Nous pouvons être factuels.
Dimanche 13 octobre soixante civils sont morts et cent quatre combattants des forces kurdes sont morts.
Nous pouvons essayer de faire le récit du rêve brisé des kurdes, apatrides depuis quarante ans, courtisés par les grandes puissances occidentales et abandonnés comme des chiens sur le bord de la route depuis le 9 octobre 2019 et qui ont maintenant les pieds dans le sable, la bouche desséchée, les yeux creusés, le ventre vide, les enfants sur le dos et avancent droit pour trouver refuge plus loin, encore plus loin. Que peuvent murmurer à l’oreille de leurs enfants ces pères et ces mères pour calmer leurs sanglots? Comment font-ils pour continuer à marcher les pieds ensanglantés? Je ne sais pas quels sont ces mots murmurés. Vous non plus. Ceux qui nous dirigent non plus.
Nous pouvons être factuels.
Le samedi 26 octobre, les kurdes sont 200000 à avoir quitté le Nord-Est de la Syrie.
Nous pouvons essayer de raconter le temps de la guerre et ce que c’est de mourir un jour de marché soufflé par l’explosion d’une voiture piégée, les membres arrachés, le crâne clouté au milieu du chaos, des maisons en ruine, des échoppes dévastées. Comment font-ils ceux qui sont restés chez eux et attendent le retour de leur femme, de leur mari, de leur mère, de leur père? Comment peuvent-ils continuer à espérer au milieu des cendres et du sang des leurs? Je ne sais pas comment ils font. Vous non plus. Ceux qui nous dirigent non plus.
Nous pouvons être factuels.
Samedi 2 novembre au moins treize civils sont morts dans un attentat à la voiture piégée à Tall Abyad.

Aujourd’hui dimanche 3 novembre 2019, nous ne pouvons qu’être factuels :
le retrait des troupes américaines annoncé par le 45ème président des Etats-Unis le 7 octobre 2019 a anéanti quatre ans de combats menés par les forces kurdes du Nord-Est de la Syrie.

Jour. Nuit.

Symphonie macabre à Trumplandia

20 juillet 2019 #31

« Bang bang, he shot me down

  Bang bang, I hit the ground

 Bang bang, that awful sound

 Bang bang, my baby shot me down » Bang, Bang, Nancy Sinatra

Nuit. Jour. 

-Chiching, chiching, chiching «Any plans this weekend? » chiching, chiching, chiching. « Picking-up my young one at the airport. He is coming back from his first trip in Europe. » « Excited, I bet? » « For sure » chiching, chiching, chiching, fait le tiroir caisse.

– Des wizzz, wizzz, wizzz retentissent soudain parce que Javier s’amuse à pousser le caddie dans les allées de W. avec une agilité que tout le monde lui reconnaît, même Teresa, malgré ses 82 ans, s’amuse toujours de l’énergie du jeune homme. 

– Vuelve aqui el niño, VUELVE AQUI inmediatamente, dit la mère d’un ton exaspéré comme chaque samedi chez W. quand Javier transforme les allées en pistes de bobsleigh improvisées. 

– Yeaahhh, lui répond l’ado, lui aussi exaspéré par sa mère qui décidément lui refuse toute liberté et qui semble avoir oublié qu’il a maintenant 15 ans. «I am coming. I am cominnggg wizzz, wizzzzz»

– Ouin, Ouin, OUIN, OUIN, OUIN, entend-on au rayon fêtes de W. Le nourrisson affamé attend que ses parents, Jordan et Andre, comprennent enfin l’origine de son malheur. C’est deux-là semblent affairés à préparer cette grande soirée familiale, pour célébrer leur succès, leur amour rayonnant, leur nouveau départ. Ils en oublient un court instant les pleurs de leur petit, un court instant seulement, car Jordan et Andre sont fous de leur petit. GlouGlouGlou.

– Shhhh, tac, shhhhh, tac, shhhh, tac, shhhhhhh, tac, shhhhhh. Chaque pas de Luis et Martha sont entrecoupés par le son de la canne de Luis qu’il déteste et Martha a beau lui répéter « à 90 ans, ce n’est pas indigne d’avoir une canne, tu le sais bien, et puis c’est surtout pour signifier aux autres, les jeunes, les insouciants, pressés par la vie, que tu es là et que tu n’es plus pressé, que tu prends ton temps parce que tu peux le prendre ce temps maintenant ». Mais rien n’y fait, cette canne lui donne l’impression qu’on le jette dans la fosse.  

– Dringggg, Dringgg, Drinnggg, drinngg. « Pourquoi je ne trouve jamais ce téléphone dans mon sac? se dit Angelina, je leur avais bien dit que je n’en avais pas besoin à mon âge.». Dringggg, dringg, dringg, « Hello, ¿Eres mi amor? »

– Clac, clac, fait le bruit de la porte sur le parking. «  Honey, I’ll be back in five minutes.» Ils s’aiment et ne peuvent se quitter sans se dire quand ils vont se retrouver exactement. Et les deux amoureux, Gloria et John, se séparent. 

Ra-ta-ta-ta-ta WizzzWizzzVuELVEVUELVETACACTACTAC OUINOUINOUIN DRINGDRING DRINGDRING BANG BANG BANG OUIN OUIN OUIN OUIN CLAC CLAC CLAC

WIZZZZZZ VUELVE AQUIIIIIIIIII VUELVE AQUIIIII INMEDIATAMENTEEE

TACTACTAC SHHHH TACTAC SHHHH

RA-TA-TA-TA-TA-TA-TA-TA.

Et puis rien. Le silence. Ceux qui ne sont pas tombés sous les balles macabres ne respirent plus. Ils attendent, ils voient le sang couler au sol, ils ont le nez dedans. Ils sont submergés par l’odeur de la mort. Au loin ils entendent l’espoir venir. PIN-PON-PIN-PON-PON. De nouveau ce son métallique qui leur brûle les oreilles.

RA-TA-TA-TA-TA-TA-TA-TA.

Et le choc des corps qui tombent privés de vie, un son sourd qui restera dans leur mémoire, le son de la mort, le son des morts. Au loin, ils entendent un léger gémissement qu’ils n’arrivent pas à identifier couvert très vite par des

Tap Tap Tap TAP TAP TAP TAP TAP TAP TAP TAP TAP

qui n’en finissent plus, comme s’ils étaient des milliers. Et de nouveau, rien. Silence mais le petit gémissement se fait entendre encore. Silence.

On entend alors comme étouffé le battement d’un coeur qui bat, qui continue de battre,

boum boum, irrégulièrement, boum, baboum, boum, baboum, boum, baboum, boum, boum, boum. 

Aujourd’hui vendredi 9 août 2019, je voudrais que les gens de la NRA entendent ce coeur qui bat, ce coeur qui bat maintenant seul, le coeur du fils de Jordan et Andre, le coeur de leur petit de deux mois et demi, orphelin pour toujours.

Jour. Nuit.

Lire l’article du Washington Post pour connaître le nom de tous ceux qui ont péri ce samedi 3 août à El Paso: https://www.washingtonpost.com/nation/2019/08/04/el-paso-shooting-victims/

Aujourd’hui vendredi 9 août 2019, je voudrais que les gens de la NRA entendent ce coeur qui bat à El Paso, le coeur du fils de Jordan et Andre, le coeur de leur petit de deux mois et demi, ce coeur qui bat seul au mileu des morts, orphelin pour toujouJour. Nuit. 
JJ

La vie est belle à Trumplandia

20 juin 2019 # 30

Nuit. Jour.

« Le père disaient : « Que c’est beau ! que c’est beau ! on dirait que tout l’or du pauvre monde est venu se porter sur ces murs. » — Les yeux du petit garçon : « Que c’est beau ! que c’est beau ! mais c’est une maison où peuvent seuls entrer les gens qui ne sont pas comme nous. » — Quant aux yeux du plus petit, ils étaient trop fascinés pour exprimer autre chose qu’une joie stupide et profonde. » Les yeux des pauvres, Baudelaire.

Il regardait le fleuve interdit, le fleuve fantasmé et il se souvenait de ce jour de grosse pluie quand son père l’y avait emmené. Il avait cru à une aventure mystérieuse. Il s’était dit que ce serait son secret à lui avec son père. Ils étaient partis le matin et son père d’une voix autoritaire avait annoncé à sa mère: « on y va, on reviendra pour le déjeuner.» Arrivés près du fleuve après une heure de course au milieu des roseaux, son père l’avait saisi tout à coup par le col de sa chemise bleue du dimanche et soulevé d’un mètre au-dessus du sol. Il avait été surpris par la violence du geste, mais rien dans ce matin de juin ne l’avait préparé à ce qui allait suivre. Déjà le col de sa chemise lui cisaillait le cou et il sentait la sueur lui couler le long des bras; une sueur acide, celle qui vient quand la peur vous comprime le coeur. Son père avait l’oeil noir et ne bougeait pas d’un millimètre. Il ne disait rien. Il le tenait au-dessus des eaux boueuses du fleuve et ses pieds gesticulaient dans l’air. Soudain, après quelques minutes, il le projeta au sol et dans un mouvement encore plus brutal le remonta dans l’air. Il eut l’impression que son foie allait lui sortir par la bouche. Puis quelques instants plus tard, son père effectua la même opération une dizaine de fois sans s’arrêter. Il fut très vite envahi par une nausée âcre et il était persuadé que ses yeux étaient sortis de leur orbite. Finalement, son père le reposa vigoureusement au sol et il sentit ses jambes se dérober sous lui. Encore étourdi, le ciel et le fleuve ne faisant plus qu’un, il l’entendit dire d’une voix ferme: « le fleuve interdit, jeux interdits près du fleuve. Ce n’est pas un goût âcre que tu auras dans la bouche, mais celui de la boue, ce n’est pas la sueur acide qui mouillera tes vêtements, mais les eaux du fleuve qui noieront ton intérieur. Tu ne seras plus dans les airs, mais tu seras comme une pierre jetée au fond du fleuve après avoir voltigé dans les flots. ». Il ne dit rien de plus et dans un silence mortifère ils rentrèrent pour le déjeuner.

Il regardait le fleuve interdit, le fleuve fantasmé. Il regardait ces deux corps la tête dans le sol, le nez écrasé dans la boue. Une grosse larme coula le long de ses joues lorsqu’il vit le petit bras de la fillette toujours enroulé autour du cou de son père. Et puis ses sanglots redoublèrent lorsqu’il comprit que ces deux-là même dans la mort n’avaient pas réussi à franchir la frontière. Ils étaient de l’autre côté, à jamais. Il se demanda si le père au matin avait dit à sa fille: « on y va, on sera là-bas pour le déjeuner, tu verras. » et s’il avait ajouté: « ce sera comme un jeu, on ne fera qu’un. Tu seras tout près de moi, collée à moi, comme le jour où tu es née et que je t’ai glissée en dessous de mon tee-shirt sur mon ventre pour sentir ton petit corps, pour entendre battre ton petit coeur. Ce sera pareil, nous sentirons l’eau douce couler, parfois il y aura une vaguelette qui viendra nous éclabousser, nous rirons, tu n’auras pas peur, tu mettras ton bras autour de mon cou et rien ne pourra nous séparer. » Et c’était vrai. Il n’avait pas menti le père. Rien ne les avait séparés, même pas le fleuve et sa boue, même pas les flots glauques, même pas la mort. Ils étaient là, comme les amants de Pompée, figés pour l’éternité.
Et c’est alors qu’il s’est étranglé, que sa voix est devenue rauque comme celle de son père disparu depuis longtemps, et il s’est mis à hurler comme un dément « le fleuve interdit, jeux interdits près du fleuve ». Et il s’est tu. Et dans un silence mortifère il est rentré pour le déjeuner.

Aujourd’hui mardi 25 juin, j’entends les pas de tous ceux qui veulent aller déjeuner là-bas, j’entends les cris de tous ceux qui sont arrêtés là-bas, j’entends les sanglots de ces enfants arrachés aux leurs, et je pleure ces deux-là, Oscar Alberto et Angie Valeria qui, comme tant d’autres ici et ailleurs, finissent leur courte vie dans les eaux bouillonnantes des Styx internationaux.

Jour. Nuit.

Le bois aussi ça travaille

C’est l’esprit célébrant onze semaines de vacances que l’on bat le pavé de l’ouest parisien au petit matin, forte de nos dernière résolutions. Inspiration-expiration-inspiration-expiration, petites foulées en île de France et moiteur du mois de juillet. Direction le parc de Saint-Cloud pour un semblant de nature, pour ses statues, pour sa vue sur le tout-Paris nimbé d’un léger voile d’hydrocarbures.
Inspiration-expiration-inspiration-expiration, petites foulées, hop on a traversé le pont de Saint-Cloud et sans qu’on y prenne garde on est déjà devant le grand portail, les poumons bien ouverts, prête pour une heure de jogging chez les Clodoaldiens. Quel doux nom! On respire: que c’est bon la fausse nature, celle de la ville. On embrasse l’horizon et on se délecte de cette merveilleuse lumière d’île de France: jaune paille, vieux rose, traînées gris perle. Miracle en Technicolor de la pollution. On trottine légère, apaisée, la mâchoire relâchée pour une meilleure respiration, le muscle en alerte.
Inspiration-expiration-apnée-apnée: le parc de Saint-Cloud fermé du 10 août au 4 septembre. Notre volonté d’un été sous le signe de la remise en forme est mise à mal dès l’entrée! Quelle déconvenue! Crispation passagère du muscle, respiration qui s’accélère, le moniteur cardiaque se met à biper. Inspiration-expiration-inspiration-expiration. Positivons. Retour au calme. On sourit à l’idée que les parcs parisiens, eux-aussi, ont droit à leurs congés payés. On entend déjà le ricanement de certains: « en France, même les arbres prennent des vacances. » Et une fois n’est pas coutume, on voudrait se faire le grand défenseur de la nature, on voudrait dire que la nature aussi, même urbaine, a besoin de son repos. Une allée, un sentier, un sous-bois libérés enfin de ses employeurs, quelques semaines dans l’année, est-ce trop demander? Et ces feuilles voletant en toute liberté pour pouvoir mieux reposer sur un sol immaculé? Et ces pelouses respirant enfin le grand air, débarrassées de ces marcheurs du dimanche? N’ont-ils pas tous droit à leurs jours chômés? Ne serait-ce que pour mieux recommencer. Car on le sait bien, en cette veille de rentrée scolaire, les congés payés sont un bel arsenal pour mieux travailler, un service rendu à l’employeur même. Notre cadeau à nous les travailleurs.
Inspiration-expiration-apnée-apnée: Rock-en-Seine du 28 août au 30 août. On vient de comprendre. Le parc de Saint-Cloud ne sera pas fermé pour congés annuels, mais bien pour travailler plus, pour se préparer à accueillir ces festivaliers de fin d’été qui viendront sautiller en rythme cadencé sur ses sentiers, dans ses allées, ses sous-bois et aplanir ses pelouses à coup de tatane. Quel dommage! On s’était bercé de cette belle idée qu’il retrouverait pendant l’été sa vigueur, sa verdeur. On a rêvé le temps d’un jogging que le parc de Saint-Cloud pourrait aller mieux en travaillant moins. C’est Monsieur Macron qui doit être content.

Docteur Fol-Amour et le Ninja

Revigoration ayurvédique de V. pour une jeunesse éternelle du V. Tout un programme le lifting de V. Après le sein, la fesse, le nez, voilà donc que le lifting du V. est pris de plein fouet par la crise. Possibilité de récession terrible donc pour les plasticiens du V et angoisse immédiate de la dame manucurée dans le léger frémissement possible du sourcil. Que faire ? Attendre la relance ? La dame à bagouses transparentes est d’avis qu’au pays de tous les possibles, solution, on trouvera, c’est sûr. Et quand le monsieur de la dame au chien perd 40% de son capital en six mois, craint les 9% de chômage, dépense 30000 $ de frais de scolarité par an pour ses deux enfants en grande section de maternelle, et envisage avec frayeur une année sans consommer massivement, le Nina n’étant plus suffisant pour les frais de maintenance, la madame suffoque. Mais c’était sans compter sur le petit nouveau.  En temps de privation, le Ninja est là. Qu’est cé ça?

Cours en accéléré page 2 du prêt bancaire américain, ouvrez vos manuels. 

Le Nina: no income no asset,

Le Ninja: le petit nouveau

No income, no job, no asset

Tout un programme…travailleurs, continuez la lutte en attendant que la madame de l’Ouest retrouve sa jeunesse intérieure en 2009.  

La bourse ou la vie

A-t-on déjà envisagé que  l’épargne des ménages puisse être négative ? -0,5% c’est le chiffre aux Etats-Unis en 2008. 11,5% en France au même moment. Pour tout économiste de prisu, en gros c’est épargne = dettes. Une nouvelle notion, devenue une tendance lourde récemment, sur laquelle l’équilibre des marchés repose. Si l’américain ne consomme pas, le monde s’écroule. La preuve en 2009.

Oui, la consommation, c’est un sport, une pratique quotidienne, un entraînement à la iron man , le truc de malade où on nage 3,8 km, on fait 180 km de vélo et après hop un petit marathon (42,2 km) pour faire glisser le tout. Bon. Donc le shopping chez Home Depot, c’est pareil.  Le Bricorama est au  Home depot, ce que le joggeur du dimanche au bois de Vincennes est à l’iron man : une grosse blague, un gros looser. Quand le gars de Vincennes va chez Bricorama, il achète trois écrous, un tourne-visse, et les grands jours, il dégaine la carte bleue et fait péter la perceuse. Quand le fou furieux qui nage, court et fait du vélo pendant 15 heures va chez Home Depot, il sort les 3 cartes de crédits et achète des machins qui ne rentrent pas dans des cartons. Le bricoleur du dimanche, ça n’existe pas, ici on casse et on refait, les cloisons sautent, le jardin  se retourne, le sous-sol devient salle de sport et les grands jours, c’est de four à pizza en briques façon Sienne dans le patio, dont on parle!

Alors en 2009 exit la pizza dans le patio, la salle de sport, la cuisine ouverte et le jardin en terrasses. Et hello le lino, néons jaunes et tables en formica. En accompagnement, on balance 600000 jobs en un mois, et là effet madeleine garanti : sortons tous nos sous-pulls orange qui grattent et c’est parti pour un petit revival années 70. Fini le prêt foncier sans salaire et sans épargne*, maintenant responsabilité fiscale, plafonnement des salaires des grands patrons, lancement des grands travaux publics, éthique économique et, un jour, faisons un rêve, assurance médicale universelle.  

Le changement : un chiffre, 4%. L’américain a découvert les vertus de l’épargne. Pfff! Tout ça a un air de déjà vu : restrictions budgétaires et petits épargnants, un truc bien connu sur le vieux continent. Donc 2009, l’année du neuf ou comment le nouveau monde est peut-être devenu l’ancien. Ah enfin une bonne nouvelle !  Bonne année donc.

Pour de vrai : Nina, no income no asset, c’est son petit nom.