C’est arrivé près de chez vous à Trumplandia

20 février 2019 #26

« Mais moi les dingues, j’les soigne, j’m’en vais lui faire une ordonnance, et une sévère, j’vais lui montrer qui c’est Raoul. Aux quatre coins d’Paris qu’on va l’retrouver, éparpillé par petits bouts façon puzzle… Moi quand on m’en fait trop j’correctionne plus, j’dynamite… j’disperse… et j’ventile…» Les tontons flingueurs, Michel Audiard. 

Nuit. Jour. 

L’autre jour, j’ai failli buter une nana de chez Delta Airlines parce que j’ai été débitée trois fois du montant de mon siège et que la nana m’affirmait après vingt minutes d’attente sur messagerie avec musique d’ascenseur et trente minutes de discussion que non pas du tout j’ai sans doute mal lu mon relevé de compte et j’ai dû confondre les chiffres parce que ce n’est pas possible cela n’arrive jamais des trucs comme ça sur Delta. Mais j’ai pas. 

Aujourd’hui j’ai été sur le point de dézinguer un mec pendant que je faisais mon jogging hebdomadaire parce que le mec après plusieurs requêtes n’avait toujours pas bougé du sentier et que son putain de chien m’a sauté dessus avec ses pattes dégueulasses et que j’ai été obligée par conséquent de faire un pas de côté à toute vitesse sur un talus boueux pour les dépasser dans l’espoir que le chien ne viendrait pas en plus trottiner à ma suite en me reniflant l’arrière-train. Mais j’ai pas. 

La semaine dernière j’aurais pu trucider une nana qui, sur la plage devant le spectacle des vagues du Pacifique qui viennent terminer leur course sur les rivages de Waimanalo, écoutait de la musique de bimbo à tue-tête, en se dandinant langoureusement dans un mini bikini et en secouant son chignon comme une pelote de laine ébène. Mais j’ai pas. 

Un jour c’est sûr, j’ai été à deux doigts de démembrer un élève qui, au moment d’entrer en scène, a cassé l’accessoire de son partenaire, déchiré son costume après avoir foutu un bordel innommable en coulisse alors qu’on avait dit à cette cohorte de sauvageons qu’on ne jouait pas avec les accessoires des autres. Mais j’ai pas. 

Tous les jours, j’ai des pulsions de meurtre quand je rentre chez moi après une dure journée de labeur et que la température intérieure est de 17 degrés Celsius, été comme hiver, parce que mon conjoint a un métabolisme de boeuf et que, en plus, il paraît que le froid ça conserve et que ce n’est pas compliqué de foutre un pull et des chaussettes en laine, été comme hiver. Mais j’ai pas. 

Bien sûr, je ne nie pas le grand bonheur d’être mère et cette douce entrée dans la vie de la répétition du même qui, au moment de l’adolescence, prend tout son élan et met à l’épreuve votre sens olfactif, votre capacité à tolérer ce que jamais vous n’aviez envisagé de tolérer. Ce grand bonheur s’accompagne aussi d’un sourd désir d’infanticide le jour où pour la deux-cent cinquantième fois de l’année je ramasse un caleçon sale à l’envers au milieu d’une pile de livres et de chaussettes célibataires tandis que l’adolescent bien-aimé regarde pour la deux-cent cinquantième fois la même vidéo sur un écran de la taille d’une chaussette. Mais j’ai pas.

Combien de fois également ai-je rêvé secrètement de bousiller ceux qui m’ont demandé d’où je venais et quelle était l’origine de mon merveilleux accent? Laissez-moi deviner, chère petite madame, votre charmant accent, c’est joli vraiment, allemand peut-être ou hollandais? Putain allemand, quand même!? Mais j’ai pas. 

Sans compter le nombre de jours où, coincée dans les embouteillages, j’aurais voulu étriller celui ou celle qui se croyant plus malin que les autres coupe la file de voitures et vient se rabattre juste devant moi en ayant l’insolence de me remercier dans le rétro par un signe de  la main discret mais réel avec un clin d’oeil en accompagnement comme si nous étions d’accord avec ces pratiques de malotru. Mais j’ai pas. 

Je ne parle évidemment pas de l’indicible aspiration de tous à voir disparaître le voisin bruyant, le voisin envahissant, celui ou celle par exemple qui chaque soir dépose comme un trophée sur le palier ses déchets quotidiens, ou le voisin de vacances qui s’ingénie consciencieusement à vous gâcher votre séjour sous prétexte que parce que. Mais on n’a pas. En tout cas j’ai pas.

Et je passe sous silence tous les autres meurtres non perpétrés que mon éducation bourgeoise m’empêche de mentionner et que mon aspiration à la citoyenneté me défend. Aujourd’hui mercredi 20 février, en Trumplandie je pourrais moi aussi demander le prix Nobel de la Paix à mes voisins japonais pour avoir maintenu la paix près de chez moi.  

Jour. Nuit. 

A perfect storm in Trumplandia

20 janvier 2019 #25

« Moi, fonctionnaire de la vie, je touche mon salaire et de jour et de nuit; l’heure me paie, les années me ruinent et déjà me remercient. » Fatras, Jacques Prévert.

Nuit. Jour. 

Mesdames et Messieurs, bienvenue sur le vol AA 20-19 au départ de Seattle à destination de Washington DC.

Je déteste l’avion, je déteste l’avion, je déteste l’avion. Heureusement que j’ai pensé à mettre mes sous-vêtements porte-bonheur. 

Nous vous informons qu’en raison du vortex polaire…

Un vortex polaire? Je déteste l’avion, je déteste les changements climatiques, je déteste voyager.

… le vol sera détourné de sa trajectoire habituelle; par conséquent la durée du vol n’est pas encore déterminée. Nous vous informerons, dès que possible, de notre heure d’arrivée.

 J’ai besoin de contact humain. Allez je réveille le mec qui ronfle à côté de moi par une légère pression sur le bras, j’occupe l’espace temps d’un air naturel et au détour de notre échange, je lui pose la question. Non, je lui pose la question sans échange. 

« -Dites Monsieur, vous vous y connaissez en vortex polaire?

– En quoi? »

Ce type a l’air d’un abruti profond. Qu’est-ce qui m’a pris de le réveiller? Les yeux fermés, il avait l’air moins con. Allez rendormez-vous, vous êtes parfaitement inutile. 

Les consignes de sécurité vont à présent vous être présentées, veuillez nous accorder quelques instants. Les issues de secours signalées par un panneau exit sont situées à l’avant, au centre et à l’arrière de l’appareil. Un marquage lumineux au sol vous indiquera le cheminement vers ces issues. Les ceintures s’attachent et se détachent de cette façon. En cas de dépressurisation de la cabine des masques à oxygène tomberont automatiquement devant vous. Tirez sur un masque pour libérer l’oxygène…

Ignore, ignore les consignes, tout va bien se passer, vortex polaire ou pas. Regarde les images du magazine de la compagnie et tourne les pages jusqu’au décollage. Oublie que tu as l’impression que ton coeur va exploser, que ta pression artérielle est à son maximum, que tes pieds ont déjà doublé de volume.  Fais comme ta voisine de droite qui semble absorbée par un Sudoku niveau 4. Et si tu mettais en pratique tes compétences nouvellement acquises de « small talk », pour une fois que cela peut vraiment t’être utile. Allez lance-toi. Ça ne peut pas te faire de mal.

«  – Mais le Sudoku finalement c’est un peu des mathématiques?

– Mais absolument chère madame, savez-vous que la complexité algorithmique du Sudoku a fait l’objet d’un ouvrage très sérieux et que…

– Et sinon le vortex polaire cela ne vous empêche pas de faire vos Sudokus?

-Chère petite madame, sachez que le vortex polaire n’est autre qu’un tourbillon polaire qui s’est abattu sur le continent nord-américain et qui va donc refroidir le Midwest et la côte Est. Aucune raison de s’alarmer, si ce n’est que l’épidémie de grippe sera peut-être plus violente. D’une certaine manière, vous risquez plus de… »

Je suis tombée sur un être doué de raison. Elle va me faire le couplet de la sécurité routière versus la sécurité aérienne. En même temps, il fallait s’y attendre, une nana qui fait tranquillement un Sudoku niveau 4 alors qu’on s’apprête à…

« -Si nous voulons être parfaitement honnêtes, chère petite madame, le vortex polaire va sans doute générer de fortes turbulences pendant le vol et au pire, une légère sortie de piste à l’atterrissage. Attachez votre ceinture, voilà tout, … »

Je déteste ma voisine. Je déteste ma voisine. Je déteste ma voisine. Qu’est-ce qui m’a pris de lui adresser la parole? Je suis au bord de la crise de tachycardie. Je suis certaine que mon rythme cardiaque a atteint les 220 battements par minute. 

« – Non franchement, chère petite madame, en ce moment ce n’est pas du vortex polaire qu’il faut s’inquiéter… »

 J’ai réussi à m’assoir à côté d’une grande perverse qui prend un malin plaisir à me voir souffrir. 

« – Chère petite madame, le sujet d’inquiétude à mon avis dans notre situation, encore une fois, c’est plutôt le shutdown. »

 Le shutdown? Coincée entre le ronfleur, le vortex polaire et l’experte en Sudoku, perverse, pro-Trump, je rends les armes. 

« – Car voyez-vous, chère petite madame, le vortex polaire, certes, nous cause quelques petits désagréments, mais le shutdown c’est une autre affaire. Le shutdown, si on y réfléchit bien, ce sont des aiguilleurs du ciel en moins, c’est du personnel de sécurité en moins aux contrôles. Car voyez-vous, chère petite madame, ces employés fédéraux, essentiels à la nation ( et qui dirait le contraire, n’est-ce-pas?), doivent travailler sans être payés. Quand vous avez un crédit immobilier, deux adolescents à la maison et des frais fixes, vous ne pouvez pas vous permettre de travailler sans être payés, donc vous prenez des jours de congé ou des jours maladies pour aller travailler, non plus pour le gouvernement et la sécurité de ses concitoyens, mais pour nourrir votre petite famille, pour régler vos factures, pour rembourser votre crédit à la consommation, pour continuer à consommer et ainsi faire tourner l’économie américaine.  Alors voyez-vous chère petite madame, la grande inquiétude, ce n’est pas le vortex polaire qui s’abat sur l’Amérique mais bien l’avenir de la démocratie, de notre démocratie, une démocratie qui prive ses plus fidèles serviteurs de leur dignité, celle d’être au service de la nation; une nation qui permet que la volonté d’un homme outrepasse les besoins les plus élémentaires de ses concitoyens. Alors chère petite madame, profitez non pas de ce vortex polaire mais de ce vortex temporel qui, le temps d’un vol, nous permet d’oublier un peu ces viles réalités terrestres. Laissez-vous secouer par les turbulences à venir. Seat back, relax and enjoy your flight, chère petite madame. »

… et dire que j’ai mis mes sous-vêtements porte-bonheur. 

Mesdames, messieurs, aujourd’hui, dimanche 20 janvier, vingt-neuvième jour du shutdown, nous avons atteint notre altitude de croisière, le temps de vol est de 730 jours, le personnel du vol AA 20-19 vous souhaite un excellent vol.

Jour. Nuit. 

Sequel in Trumplandia

20 décembre 2018 #24

« La conversation n’est ni assez vive ni de bon aloi si elle ne tourne pas à la querelle, si elle est policée et artificielle, si elle craint l’affrontement, si elle est guindée. »  Les Essais III, Chapitre 8, Montaigne. 

Nuit. Jour.

Si vous avez eu votre quota de gras ou votre quota de chocolat, essayez les bulles. C’est léger, ça va avec tout et c’est vite digéré. Munissez-vous de votre invitation à l’une de ces soirées de dégustation que vous affectionnez particulièrement, de vos talons aiguilles, d’un haut un peu transparent pour occuper et faites un stock de small talk. Révisez vos classiques: horoscope, météo, catastrophe naturelle et bon vieux temps. Vous pouvez partir confiante, votre stock fraîchement renouvelé; et dites-vous que vous pourrez toujours compter sur les moments où vous aurez la bouche pleine pour contrecarrer tout événement imprévu. Oubliez que vous vous êtes évidemment foutue au régime depuis peu car vous ferez une exception pour cette soirée qui présente un bel échantillon de ce que vous ne savez précisément pas faire: donner le change, sourire, sourire beaucoup, siroter avec l’air inspiré, s’engager dans une sorte de parcours non-fléché et converser avec le maximum de personnes en un minimum de temps. Vous êtes prête. Dites-le vous. Croyez-le. Répétez-le. Vous êtes prête. 

En chemin cependant votre bonne humeur et enthousiasme peuvent s’éroder et votre confiance commencer à s’effriter; c’est que, bien que vous ayez fait le plein de small talk, vous ne vous êtes toujours pas remise de votre échec cuisant de la soirée d’avril lorsque vous avez tenté le petit complot facile pour briller en société. Vous doutez peut-être de vos moyens et vous redoutez la débandade de la dernière fois. Des inquiétudes peuvent vous assaillir. Et si vos small talk ne faisaient pas mouche? Et si votre interlocuteur avait lui aussi la bouche pleine en raison de son égale aversion pour les mondanités? Et imaginez que la bouffe soit imbouffable, que vos talons vous cisaillent les pieds et que par conséquent vous ne puissiez entamer votre parcours non-fléché, que votre soutien-gorge vous coupe l’abdomen en deux et qu’il vous empêche de converser comme prévu, que votre blouse transparente laisse deviner les bourrelets accumulés et qu’ils vous rappellent que vous vous êtes foutue au régime et que vous ne devriez pas vous jeter sur les blinis lorsque vous êtes en détresse sociale. Vous suffoquez. Soudain, vous avez envie de faire marche arrière et de tout quitter. Votre compagnon de soirée, lui, ne se doute pas un seul instant de ce que vous traversez, c’est qu’il est maître en son domaine. De toute façon, il est trop tard, vous vous êtes engagée, vous ne pouvez plus reculer. Dites-le vous. Vous êtes prête. Croyez-le. Répétez-le.  Vous êtes prête. 

Vous y allez. Dans l’entrée déjà, vous analysez les lieux et repérez immédiatement le plateau de fromages au fond à droite. Vous vous dites que vous pourrez toujours parler « fromages » et prétendre à une pseudo expertise en raison de votre francité. Vous vous postez donc en terrain conquis et vous attendez. Une dame en blouse rouge s’avance et attaque d’emblée sans que vous n’ayez eu le temps de puiser dans votre stock. Vous êtes consternée, elle a choisi l’un des sujets sur lesquels vous avez décidé de faire l’impasse: « le chien et son maître ». Quelle négligence! Non seulement vous n’avez pas révisé « les chiens » mais vous n’y connaissez absolument rien. Vous tentez un piteux: « tel maître, tel chien » et vous vous précipitez vers le plateau de fromages pour cacher votre misère intellectuelle et sociale en engouffrant un morceau de mimolette. Pâte dure, une valeur sûre, vous avez au moins deux à trois minutes de répit. Vous êtes repartie. Vous enchaînez à peine la mimolette terminée. Décidément vous n’êtes pas en veine, votre nouvelle interlocutrice vous met au défi: 

« – Et vous, chère Madame, de quelle année êtes-vous? 

– 1973. »

A ce moment précis, vous êtes envahie par l’inquiétude. Vous devriez développer mais vous vous demandez pourquoi cette dame s’intéresse à votre année de naissance. Et puis vous respirez, vous reconnaissez les techniques des adeptes de l’astrologie. 

«  – Année du buffle, dans l’horoscope chinois, enchaîne-t-elle » 

Vous avez le souffle coupé, vous n’aviez pas anticipé l’astrologie sino-américaine, vous étiez restée sur des valeurs sûres, signes astraux et numérologie. Vous sentez maintenant que votre soutien-gorge vous comprime la poitrine. Quelle idée avez-vous eu de mettre une blouse transparente! Vous avez minimisé l’effet du stress et une sudation anormale. Vous optez pour la franchise pour vous débarrasser de cette fâcheuse. 

«  – Vous savez, l’horoscope chinois… »

 Devant votre air apathique, elle continue: 

«  – Vous n’y connaissez rien et cela ne vous intéresse pas. Cela ne m’étonne pas, vous êtes bien de l’année du buffle: vous n’êtes pas douée pour les relations sociales, n’est-ce pas? Je ne me trompe jamais, les buffles préfèrent rester seuls. » 

 Tous vos espoirs sont anéantis et vos efforts piétinés. Une spécialiste d’astrologie sino-américaine vous a coupé les ailes. Vous retournez au plateau de fromages, non plus par dépit mais pour noyer votre infortune dans une pâte molle. Vous vous jetez sur un Pont l’Evêque et vous corrigez les coupes désastreuses des convives. 

« – Vous semblez être une experte. » 

Et voilà, vous n’y échappez pas, votre francité vous rattrape, vous tentez à chaque fois d’éviter ce qui va suivre, mais sans succès. 

« – Vous êtes française, vous venez d’où?

– De Paris.

– Merveilleux, nous y allons au mois d’avril avec ma femme et mes deux filles. J’espère que d’ici là « les gilets jaunes » en auront fini avec leurs manifestations. Vous pensez que le mouvement va continuer pendant combien de temps? » 

Les « gilets jaunes », il ne vous manquait plus que ça. Vous n’avez évidemment pas révisé parce que vous refusez qu’ils soient l’objet d’un small talk entre pâte dure et pâte molle. Vous êtes prête à rendre les armes, à renoncer à tout mais vous sentez quelque chose monter en vous, que pour le moment vous n’identifiez pas, et subitement, alors que vous tourniez les talons, vous vous retournez et vous perdez le contrôle de tout: 

« – Mais vous vous foutez de qui? Vos filles, votre femme? Qu’est-ce que le monde en a à foutre? Le monde en est là, « les gilets jaunes » en sont là, cette petite fille du Guatemala morte le 13 décembre en est là, les kurdes en seront là, les syriens en seront là quand les troupes américaines auront quitté le territoire, la démission de Jim Mattis laissera le monde là, les élèves de ce pays tués par balles en resteront là tant que Betsy DeVos sera là, la caravane de migrants en est là parce que le monde crève de nos small talk, le monde crève car nous faisons semblant, le monde crève parce que chaque jour nous éloigne de notre humanité, le monde crève et nous crèverons tous bientôt, vos filles, votre femme aussi, putain de gilets jaunes ou pas. 

  C’est certain, vous reprendrez bien une tranchette de Cabécou, je le coupe dans quel sens? » 

Vos talons vous cisaillent les pieds, votre soutien-gorge vous coupe l’abdomen en deux, votre blouse transparente laisse deviner vos bourrelets accumulés et les bulles ne vous soulagent plus. Vous avez foutu votre régime en l’air en vous gavant de pâtes molles et dures et vous avez échoué piteusement. Small talk, big talk, rien n’y fait, vous entrez bientôt dans votre troisième année en Trumplandia et vous vous dites aujourd’hui jeudi 20 décembre que finalement, vous reprendriez bien un peu de gras et de chocolat, quota ou pas, il parait que c’est bon pour le moral. 

Jour. Nuit. 

Obscure clarté à Trumplandia

20 novembre 2018 #23

«  Nous voici arrivés au milieu de l’aventure, avant de commencer un tournage, je désire surtout faire un film qui sera beau, dès que les premiers ennuis surgissent, je dois réduire mon ambition et je me prends à espérer simplement qu’on arrivera à terminer le film. Vers le milieu du tournage, je fais un examen de conscience et je me dis, tu travaillais mieux, tu aurais pu donner davantage. A présent, il te reste la seconde moitié pour te rattraper; et à partir de ce moment, je m’efforce de rendre plus vivant ce qui sera montré sur l’écran. » La nuit américaine, François Truffaut.

Nuit. Jour.

A Christine Blasey Ford,

124. C’est le nombre qui ne fera pas oublier les Brett Kavanaugh, les Harvey Weinstein, les Bill O’ Reilly, les Roger Ailes, les Garrisson Keillor¹, et tous ceux qui prendront leur suite.

A vous toutes,

102. C’est le nombre à la chambre des représentant(e)s qui ne fera pas oublier les femmes qui meurent chaque jour sous les coups de leurs conjoints.

A vous, nos mères, qui avez ouvert la voie,

13. C’est le nombre au Sénat qui ne fera pas oublier que depuis le 6 novembre à 15h35, les femmes travaillent gratuitement.

A vous, nos soeurs, qui continuez le combat,

9. C’est le nombre de gouverneures qui ne fera pas oublier que plus de 56 % des étudiants à l’université sont des femmes.

A vous, nos filles, qui prenez le relais,

270. C’est le nombre de celles qui se sont présentées et qui ne fera pas oublier que le plafond de verre fait toujours refléter leur image.

A vous, longtemps opprimées, bâillonnées,

45. C’est le nombre de celles qui brandiront leurs couleurs dans les couloirs du pouvoir et qui ne fera pas oublier que 66% de vos soeurs sont privées de leurs droits constitutionnels.

A vous, les Simones du siècle dernier, conservatrices ou progressistes,

106. C’est le nombre de celles qui porteront les voix que l’on n’entend pas et qui ne fera pas oublier qu’ailleurs, les femmes sont muselées.

18. C’est le nombre de celles qui tenteront de faire résonner leurs différences et qui ne fera pas oublier qu’ici, certaines ne rechignent pas à voter pour leur museleur.

A vous, qui faites l’histoire et qui déposez la première pierre,

7. C’ est le chiffre de celles qui feront vibrer des tonalités étrangères ou feront retentir le passé de leurs terres et qui ne fera pas oublier que leurs mères furent massacrées.

A vous, qui serez les pionnières sur les terres rouges et au pays des rythmes lancinants,

2. C’est le chiffre de celles qui ratifieront les lois de ces états et qui ne fera pas oublier que le chemin est retors, qu’il sera long et que vous serez seules.

A vous, les 124 élues,

Prenez les rennes de ces bastions testostéronés,

Partez à l’assaut de ces territoires fermés,

Plantez le drapeau de la diversité dans ces espaces enfin féminisés,

Et dirigez-nous vers un monde nouveau,

Tandis que nous toutes, aujourd’hui jeudi 20 novembre 2018, en attendant que cela passe, nous travaillerons à illuminer cette nuit, pour qu’un jour irradie, au milieu de l’obscurité, notre clarté.²

Jour. Nuit.

¹Tous accusés de harcèlement sexuel. 

² Pour connaître le détail des résultats de l’élection du 6 novembre 2018, l’excellente infographie du Los Angeles Times: https://www.latimes.com/projects/la-pol-women-elected/

L’été meurtrier à Trumplandia

20 octobre 2018 # 22

« On behalf of our nation, I want to apologize to Brett and the entire Kavanaugh family for the terrible pain and suffering you have been forced to endure » Donald Trump, 8 octobre 2018.

Noir.e.s. Des noir.e.s.

Si nous n’avons pas connu cela, nous l’avons tout.e.s redouté. Tout.e.s. Enfin je crois.
Un soir, un quai de métro désert.
Un long couloir à Châtelet dans les années 80 en fin de soirée.
Une rue désertée au milieu de la nuit.
Une impasse dans l’est parisien au milieu des années 90.
Un hall d’entrée mal éclairé.
Un parking au troisième sous-sol après une fête arrosée.
Un changement de tenue à la dernière minute, trop court; trop, tout court.
Un chauffeur de taxi à la mine avinée.
Une rame de métro entièrement masculine.
Une rame de métro avec un unique compagnon de route.
Un jogging nocturne, un jogging en forêt, un jogging seul.e.s.
Un verre abandonné ou un verre de trop.
Un type en imper beige, le regard vide, la main droite sur la braguette, la main gauche feuilletant maladroitement le dernier numéro d’un magazine érotique de seconde zone.
Dans la main, les clés de la maison au cas où, pour ne pas chercher fébrilement dans un sac trop grand, trop profond.
Une paire de baskets dans le sac.
Aujourd’hui un téléphone portable à la main, sait-on jamais.
Etre sur nos gardes. Toujours quand la nuit tombe. On nous a appris à. Nos mère nous ont appris à. Ma mère m’a appris à. Pas trop de. Attention à. Surtout pas de. Et quand tu vois que, tu sais que. Ne te mets pas dans une situation qui. Méfie-toi de. Devenir expert.e.s en. Reconnaître que. Reconnaître le. Se souvenir de. Se souvenir que. Sans qu’il soit besoin de. Nos mères, ma mère a fait en sorte que nous sachions tout.e.s, que je sache, que nous soyons tout.e.s, que je sois aux aguets toujours quand la nuit tombe.
Etre sur le qui-vive aussi quand le soleil est au zénith.
Même entouré.e.s, au milieu d’une foule compacte.
Ne pas oublier que les têtes connues peuvent être des.
L’ami. Le voisin. Le confesseur. Le maître. Le parent. Le petit ami. Le mari.
Ne pas être insouciant.e.s. lorsqu’invité.e.s à, avec qui que ce soit, où que ce soit, matin, midi et soir, nos mères nous l’ont dit, ma mère me l’a dit.
Et tout.e.s que nous baissions la garde malgré nos mères, malgré ma mère ou que nous ne la baissions pas, nous sommes jugé.e.s coupable.s. d’avoir voulu vivre sans, en oubliant que, d’avoir pensé qu’il/ils. Désigné.e.s., responsable.s parce que trop voyant, trop criard, trop tard, trot tôt, trop courts, trop hauts, trop plongeant, trop festive.s., trop gentill.e.s., trop souriant.e.s, trop dansant.e.s, trop chaloupé.e.s., trop différent.e.s, trop tentant.e.s., trop compromis.e.s., trop intéressé.e.s.
Et vous Christine B. F. vous étiez trop quoi?
Et vous Christine B. F. que faisiez-vous avec votre maillot de bain une pièce sous vos vêtements, à l’été 1982, l’été de vos seize ans?
Et vous Christine B. F. que faisiez-vous dans cette maison à seize ans, une bière à la main?
Et vous Christine B. F. pourquoi êtes-vous montée à l’étage?
Et vous Christine B. F. vous avez été maintenu.e. sur le lit, une main poilue sur la bouche pour étouffer vos cris, dîtes-vous?
Et vous Christine B. F. vous vous êtes enfermé.e dans cette petite salle de bain en attendant que cela passe, dîtes-vous?
Et vous Christine B. F. vous avez emprunté cet escalier étroit, dévalé les marches, dîtes-vous?
Et vous Christine B. F. vous vous êtes enfuie et vous avez voulu oublier, dîtes-vous?
Et vous Christine, B.F. enfin en juillet 2018? Trente-six ans plus tard, vous voulez parler et exposer au monde entier ce que vous avez tenté d’oublier, dîtes vous?
Vous Christine B. F. vous avez connu cela et vous êtes jugé.e coupable, coupable d’avoir voulu monter la garde, d’avoir pensé que vous pourriez libérer la, influer sur, changer le cours de, éviter que, sauver la. Votre souffrance rendue inaudible parce que jugé.e trop partisan.e., trop à propos, trop opportun.e.
Christine B. F., vous n’êtes ni trop partisan.e., ni trop à propos, ni trop opportun.e., vous êtes trop femme. Nos mères sont trop femmes. Nos filles sont trop femmes. Nous sommes trop femmes.

Aujourd’hui samedi 20 octobre, celles qui n’ont pas connu cela mais qui l’ont redouté, qui le redoutent, celles qui l’ont connu, l’ont redouté et le redoutent encore « would like to apoligize to Dr. Christine Blasey Ford and the entire Ford family for the terrible pain and suffering you have been forced to endure. »

Noir.e. Des Noir.e.s.

 

0+0 à Trumplandia

20 septembre 2018 #21

« Aucun avenir.
Des enfants qui ne deviendront pas.
Des enfants désespérants. » Chagrin d’école, Daniel Pennac

Noir. Des noirs.
Conseil de classe de fin du troisième semestre
Présents: le président chinois Xi Jinping, le gouverneur de Porto Rico Ricardo Rosseló, le gouverneur de Caroline du Nord Roy Cooper, la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren, un ancien secrétaire au travail, professeur à Berkeley, Robert Reich.

Pour l’occasion, parce qu’il est tard, et parce que les conseils de classe un jeudi soir c’est criminel, Roy a apporté des petits cookies faits maison à ses collègues. Il les a délicatement posés sur une assiette en carton aux couleurs de l’école, avec des rayures et des étoiles, ça fait plus festif. Jinping se jette dessus, le sucre c’est sa faiblesse, et tout le monde plaisante tranquillement en attendant le début du conseil. Elizabeth observe la scène avec un amusement apparent qui cache sa grande fatigue. C’est tout de même le  troisième semestre que l’on discute du cas Donald, et les cookies de Roy ne le lui feront pas oublier, ni les pitreries de Robert qui fait de son mieux pour lui arracher un sourire. Il faut dire que les dernières frasques de Donald ont fatigué l’ensemble du corps enseignant et que l’administration, bien que plutôt partisane du silence pour éviter les vagues, commence elle aussi à montrer des signes d’irritation.
Le tour de table commence et la litanie des récentes inepties de Donald avec.
En SVT, Robert, encore sous le choc de l’ouragan Florence, voudrait pouvoir résumer en une formule choc, mais les mots lui manquent tant le vide de la pensée de Donald est sidéral. Il n’arrive qu’à répéter verbatim ses mots: « This is a tough hurricane, one of the wettest we’ve ever seen, from the standpoint of water. » L’assemblée ricane alors qu’ils savent bien que c’est mal de se moquer, mais le rire relâche la tension, et on entend dans les étouffements «  parce que l’eau du point de vue de l’eau ça mouille beaucoup».
En mathématique, Ricardo voit rouge, il est prêt à bouffer son style quatre couleurs d’énervement, à planter son compas dans la main du petit Donald, à lui enfoncer l’équerre dans la glotte. Malgré tous ses efforts, toutes les remédiations mises en place, Donald peine encore sur la numération. Dizaines, centaines, milliers, c’est tout de même pas compliqué! Et pourtant Donald affirme jour après jour que 1000 + 1000 + 1000 = 6 ou 18. Une telle obstination à être dans le faux, il faut avouer que c’est du jamais vu. Ricardo en a cassé son stylo quatre couleurs et regarde dépité les recharges se vider sur le bulletin du petit Donald.
Elizabeth renchérit. Sans parler de l’attitude de Donald, à croire qu’en trois semestres d’école primaire il n’a pas fait un demi-progrès. L’année dernière, il lançait à ses camarades, venus écouter sa présentation, des essuie-tout à la figure; cette semaine, alors que l’un de ses petits concitoyens lui montrait une photo de sa terrasse entièrement détruite par un voilier qui était venu s’échouer sur son terrain, Donald trouve rigolo de plaisanter sur la bonne fortune de son camarade: «  au moins t’as un voilier maintenant! ». Elizabeth est au bord de la suffocation, quelle connerie ces trucs d’empathie, et cette administration qui croit à l’éducation socio-émotionnelle!
Quant à Jinping, même si les cookies ont eu l’effet escompté sur son état mental, il ne peut s’empêcher de répéter «  la guerre, la guerre, c’est tout ce que Donald est capable de dire, les fondamentaux de la découverte du monde ne sont pas prêts d’être acquis ! ». Elizabeth n’en peut plus, elle engouffre en même temps les trois cookies qui restent pour éviter de hurler et jurer comme un charretier car elle se doit de faire preuve d’une certaine retenue. Mais Jinping n’a pas fini, et tel un automate, il répète en boucle «  379, 379, c’est la guerre, c’est la guerre, la guerre d’un nouveau genre, la guerre commerciale ».
Tous sont abasourdis. Donald dépasse leurs compétences pédagogiques. Pédagogie différenciée, plan personnalisé, aide individualisée, rien n’y fait. Devant le cas Donald, ils courbent l’échine, ils capitulent. Et comme une choeur antique, uni dans la défaite, une défaite annoncée, ils s’exclament ensemble dans un souffle: « incurable, incorrigible, un enfant qui ne deviendra pas, un enfant désespérant, la honte du corps enseignant. Le redoublement? Surtout pas! Débarrassons-nous de ce vilain rejeton, que les générations futures se démerdent! On n’en veut plus! Qu’il arrive le plus vite possible au bout du bout!»

Aujourd’hui, jeudi 20 septembre, en ce mois de rentrée, et puisque cela ne passe toujours pas, j’ai un gros chagrin et je me dis que Pennac avait raison: certains enfants désespérants deviennent écrivains, d’autres deviennent quarante-cinquième présidents.

Noir. Des noirs.

Retour vers le futur à Trumplandia

20 août 2018 # 20

«  Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons:
Ce qu’ils disent s’adresse à tous tant que nous sommes;
Je me sers d’animaux pour instruire les hommes. » Jean de La Fontaine, A Monseigneur le Dauphin, Livre I, Fables.

Noir. Des noirs.

L’autre me dit: Putain t’as de la matière pour ton Trumplandia du mois d’août! Enfin il dit plutôt « fuck » que « putain », mais ça c’est parce qu’il est américain. Les américains, enfin certains, ils disent « fuck » beaucoup, pas autant que nous « putain », mais quand même presque autant. Fuck, c’est trop bon! On y est babe. Il parle comme ça l’autre. C’est que quand il est convaincu, il est convaincu. C’est du sérieux cette fois-ci, m’assure l’autre. On y est va, plus que quelques coups et ça dégage, ça ventile, ça disparaît. Il dit «  disparaît » dans le texte parce qu’il trouve ça marrant. Fuck, c’est imparable, babe, il va être acculé. Et l’autre a la même assurance que quand il m’assurait que numéro 45 ne serait pas le candidat des républicains, puis quand il m’assurait que numéro 45 même en rêve ne pourrait gagner l’élection présidentielle. Alors forcément, bien que l’autre soit très convaincant, et même s’il dit beaucoup « fuck » il sait être convaincant, je suis prise d’un doute. J’ai des réserves. J’émets mes réserves. Je rappelle calmement les faits: 2016, la campagne et les résultats. Chat échaudé craint l’eau froide. Babe don’t be French, for fuck’s sake! Allez champagne, babe, we are almost there. Il dit « champagne » aussi dans le texte mais avec un léger accent américain et c’est très séduisant. Je voudrais bien fêter cette nouvelle, boire des bulles mais ma francité fait barrage. Je n’y arrive pas. Je suis empêchée. C’est vrai que c’est tentant de rêver un peu, mais ce soir je résiste. J’entends au loin un bruissement, un souffle. Babe, you have to write on this one, Cohen and such. Décidément, Cohen and such, ça ne m’inspire pas. C’est que le bruissement, le souffle, l’instinct de survie là-bas à la lisière de la forêt, cette activité constante pour passer l’été, puis l’automne, puis l’hiver, c’est bouleversant. Alors je dis, mais les animaux darling? On s’en fout ? Enfin je dis we fucking don’t care? Parce que c’est avec l’autre que je parle. Il est perdu, mais il est habitué, il attend tranquillement le déroulé de ma pensée. Il sait que ça prend du temps, que les chemins de traverse vont nous y amener.
Je commence: Darling, you would say that 1973 sucked when it comes to politics, right?
Il acquiesce: 1973. Nixon. It sucked.
Je continue: Et on peut dire, sans exagérer, qu’en 1973, le climat politique est putride, en décomposition.
Il acquiesce: It stunk.
Je poursuis: Dans ce contexte de décrépitude avancée du pouvoir politique, lorsque l’Amérique se demande si le président en place va être destitué, cette administration-là vote the Endangered Species Act. (1)
Il ironise: Une loi qui les concerne. Une espèce en voie de disparition.
J’enchaîne sans relever: Mais cette administration, celle de Nixon, mise au pilori, montrée du doigt depuis 45 ans, cette administration entend protéger le règne animal face au capital, cette administration…
Il m’interrompt: Honey ( il dit « honey » quand il est un peu condescendant enfin surtout je sais qu’à ce moment-là la stratégie du détour touche à ses limites), what’s your point?
Je ne lâche pas prise et je tire le fil de mon détour: Cette administration, celle de Nixon, une administration de républicains vote à 392 voix contre 12 à la chambre des députés puis à 92 voix contre 0 au Sénat pour the Endangered Species Act qui fait passer le règne animal et sa protection devant toute considération économique.
Il s’impatiente: Honey, it’s getting late. ( Je n’aime vraiment pas ce « honey », depuis toujours c’est le « babe » qui trouve mon adhésion).
J’ignore la semonce: Ecoute la respiration de ces bêtes qui tentent d’éviter les coups glacés des marteaux piqueurs, regarde l’énergie déployée pour ne pas être écrasé par les pelleteuses, suis-les à travers ces chemins semés d’embûches, celles de l’appât du gain et du profit. En 1973, lorsque le monde entier ne parle que d’une chose, on continue à faire de la politique, on entend le frémissement de la vie qui palpite dans les forêts du continent.
Il sait bien où je veux en venir. En 2018, lorsque le monde entier ne parle que des auditions de Cohen, des chefs d’accusation, que l’on attend la prochaine étape, vers la destitution du président, cette administration, comme celle de Nixon, continue à faire de la politique, une autre politique. Une politique dégueulasse, sale, ignominieuse. Une politique qui, le 28 juillet 2018, a permis la modification et l’affaiblissement de la loi votée en 1973 qui protège les espèces animales en voie de disparition.
Je tente de conclure: Parce que si Nixon en son temps, et depuis, a été vilipendé par l’ensemble de la classe politique, et qu’aujourd’hui l’administration en place, dans la tourmente,…
Il me coupe parce qu’il aime bien conclure, être celui qui met fin aux discussions, c’est comme ça: Fine babe, we have to fucking care, touché! Il dit « touché » dans le texte parce que comme beaucoup d’américains il trouve que ça fait chic de parler français.

Aujourd’hui lundi 20 août 2018, en attendant que cela passe, je voudrais pouvoir murmurer à l’oreille des animaux et leur dire de se tirer vite et loin.

Noir. Des Noirs.

(1) Lire l’article du New Yorker sur l’histoire et les modifications du Endangered Species Act: https://www.newyorker.com/news/daily-comment/the-trump-administration-takes-on-the-endangered-species-act